les pérégrinations de la pensée

27 juin 2009

The Curious Case of Benjamin Button

Publié par neovecuay dans Cinéma

J’ai tout lu sur ce film : que David Fincher était tombé sur la tête, qu’il est d’un romantisme pleurnichard pour petite fille de dix ans, qu’il est d’un irréalisme ridicule, qu’il devrait figurer dans « le blog des films de merde »,… J’ai fini par croire que j’ai des goûts de crotte à moins que je ne sois une indécrottable romantique, peut-être bien les deux à la fois…

C’est l’histoire d’un homme qui naquit dans un corps sénile, et mourut dans celui d’un nourrisson. C’est l’histoire du temps et notre corps. C’est l’histoire de deux vies dans deux espace-temps en miroir…  et d’un unique amour.

Mélancolique, il l’est. Une maison de retraite comme cadre de départ où les saisons passent emportant avec eux des résidents décatis. Pleurnichard ? Je me demande si cela ne dépend pas un peu de celui qui regarde ? Irréaliste, il ne le cache pas puisqu’il l’annonce dans son titre. Ridicule, il l’aurait été si le vieillissement des personnages était le fait de simple maquillage du siècle dernier.

Ce film est une allégorie sur l’impermanence et l’éphémère, sur l’impossible fusion entre deux êtres… Il est une variation sur le thème de la perte.

Sa réalisation est un enchantement. Je ne pense pas que le livre duquel il est tiré puisse être aussi enchanteur même sous la plume de Scott Fitzgerald que j’ai eu l’occasion de lire (The great Gatsby, Tender is the night). Je me trompe peut-être.

 

 

http://www.telerama.fr/cinema/brad-pitt-3-vieux-croulant-rajeunissant-a-vue-d-oeil,124352.php

.

 

.

12 novembre 2008

Kombucha

Publié par neovecuay dans Sante & Science

 

Revue de littérature médicale

http://www.mayoclinic.com/health/kombucha-tea/AN01658 http://www.cdc.gov/mmwr/preview/mmwrhtml/00039742.htm http://meeting.chestjournal.org/cgi/content/abstract/134/4/c9001 

Résumé 

Très peu de recherches sur les vertus supposées de cette boisson miraculeuse si on en croit les sites bio qui abondent le Web (→ un exemple). Par contre quelques notifications de problèmes graves de la santé survenus chez les buveurs (souvent récent) dont un décès. Les preuves de l’imputabilité du Kombucha n’ont pas été formelles mais la survenue de ces problèmes de santé était directement en rapport avec une consommation récente ou une augmentation récente de la dose. 

D’abord, il ne s’agit pas vraiment d’une levure mais d’un symbiote, une poche membraneuse dans laquelle vivent, en symbiose, des colonies de levures et de bactéries. Ce symbiote se duplique régulièrement donnant des rejetons qui fonctionnent comme le “géniteur”. Une des difficultés pour les études est que la composition du symbiote peut varier d’une souche à l’autre, on peut donc supposer que les breuvages obtenus ne doivent pas avoir la même “qualité”.

L’article du site Centers of Disease Control and Prevention (l’équivalence américaine de l’Institut de Veille Sanitaire) analyse des évènements survenus dans une communauté de Iowa en 1995 : 2 cas de problèmes graves ayant été hospitalisés (dont un décès) et buvant quotidiennement du Kombucha depuis 2 mois. Il s’agissait de coma par acidose lactique. L’une des personnes (59 ans décédé après 3 jours d’hospitalisation), prenait un traitement antihypertenseur, présentait préalablement une petite anémie et une légère insuffisance rénale. Elle buvait quotidiennement 4 oz de Kombucha (115 ml environ). La deuxième personne a été hospitalisée pour détresse respiratoire aigüe par oedème pulmonaire. Les analyses sanguines révélaient une acidose lactique. Elle a eu un arrêt cardiaque en cours d’hospitalisation et réanimée de justesse. Juste quelques jours avant son hospitalisation, elle a accru sa dose quotidienne (passant de 4 Oz à 12 Oz) mais aussi a laissé son breuvage incuber 14 jours au lieu de 7 jours (ce qui augmente le degré d’acidité). Dans les 2 cas, elles fabriquaient elles même leurs breuvages avec 2 symbiotes issus de la même souche parente. Le degré d’alcool variait entre O,7 et 1,3%.  115 autres personnes de la ville utilisaient les symbiotes de la même souche. Aucun autre cas de problèmes graves n’est survenu parmi ce groupe.  Les symbiotes ont été analysés et il n’a pas été trouvé de germes pathogènes connus pour l’homme. 

L’article du chestjournal.org relate le cas d’un philippin séropositif qui a ingéré la veille de son hospitalisation une quantité non définie de Kombucha non pasteurisé (dans le but de booster son système immunitaire). Il partageait une bouteille d’un litre avec son compagnon séronégatif. Admis le lendemain à l’hôpital dans un tableau fébrile avec obnubilation, une antibiothérapie probabiliste pour méningite et encéphalite a été initiée et dans un délai de 36 heures son état s’est amélioré spectaculairement. 

 

L’article de mayoclinic.comdénombre simplement les cas de problèmes de santé répertoriés et pouvant être imputés à la consommation de Kombucha : Plusieurs cas d’Anthrax cutané, d’Aspergillose, d’intolérance intestinale (nausée, vomissement), d’ictère, de saturnisme. 

Synthèse 

 

Il est probable que ce breuvage, obtenu par incubation du symbiote dans du thé sucré, contienne des éléments intéressants pour l’organisme, notamment les vitamines (Mais 3-4 fruits par jours doivent en apporter autant). Mais en raison aussi de sa teneur en acide, il devient nocif au delà d’un certain seuil, notamment chez les personnes fragiles (insuffisance cardiaque, insuffisance rénale même légère (cas CDC), insuffisance respiratoire (BPCO, ou bronchitique) immunodéprimé (cas chestjournal), et surtout en cas de maladie intercurrente. N’essayez pas de traiter une grosse fièvre en boostant vos défenses immunitaires par quelques verres de Kombucha !!!!  La fabrication maison du Kombucha comporte quelques risques, mis à part celui du saturnisme qui peut être évité en utilisant des récipients adaptés (pas de céramique, ni de bouteille en cristal). Le fait que les symbiotes ne contiennent pas une communauté immuable de germes et de levures, contribue probablement à des contaminations comme l’anthrax ou l’aspergillose. 

 

Et le Kombucha en bouteille ? Je n’en sais trop rien… Je m’en suis procurée un litre en allant simplement chez mon BioCoop.  “Avez-vous du Kombucho ?”  “Kombucha vous voulez dire ?”.  “oui”. Le patron m’a regardé un peu bizarrement. Il a mis quelques seconds avant de  me reposer une autre question  ”Vous voulez en fabriquer vous même ? ou vous voulez  juste la boisson ?”  (avec moi il s’attend à tout)  ”eh bien, juste la boisson ?!?!”  J’avais l’air vraiment d’une débutante, il faut dire que je venais juste de lire le mail à peine une heure auparavant.  

 

Il n’y a pas grande chose écrite sur cette bouteille (marque Germline) !!!!  Ni la teneur en alcool (le degré) ni la teneur en acide… Il est dit par contre  que ce Kombucha est mis en bouteille sans filtration et non pasteurisé donc à conserver au frais en position vertical et ne pas agiter avant ouverture. Il n’est dit nulle part comment le consommer (si on peut le vider comme un jus de fruit en une journée…). J’imagine qu’il doit y avoir des contrôles bactériologiques… Bref, il est probable que le Kombucha en bouteille soit “plus soft” avec un temps de fermentation plus courte.  

 

 

.

.

12 octobre 2008

Tinh Nho – Trinh Công Son

Publié par neovecuay dans Musique

Maman, déprimée par les traductions de Léon Remacle (http://www.tcs-home.org/francais), ne voulant plus mettre ses propres traductions de quelques chansons de TCS sur son blog… il faut dire qu’il a un avantage sur nous, c’est sa maîtrise de la langue française (sans parler du vietnamien !!! car TCS n’est pas le genre le plus facile à comprendre, à la fois abstrait et un vocabulaire poétique pas forcément accessible au premier venu)… Je la rassure quand même, elles ne sont pas toutes aussi bien traduites. Je suis toujours réticente à traduire les chansons ou les poèmes, on dénature forcément l’oeuvre, surtout TCS, et surtout le vietnamien, une langue très « imagée ». Mais alors comment partager ?

Voici la plus belle traduction de maman :

Tình ngỡ đã quên đi
Như lòng cố lạnh lùng
Người ngỡ đã xa xăm
Bỗng về quá thênh thang

Ôi áo xưa lồng lộng
Đã xô dạt trời chiều
Như từng cơn nước rộng
Xóa một ngày đìu hiu

Tình ngỡ đã phôi pha
Nhưng tình vẫn còn đầy
Người ngỡ đã đi xa
Nhưng người vẫn quanh đây

Những bước chân mềm mại
Đã đi vào đời người
Như từng viên đá cuội
Rớt vào lòng biển khơi

Khi cơn đau chưa dài
Thì tình như chút nắng
Khi cơn đau lên đầy
Thì tình đã mênh mông

Một người về đỉnh cao
Một người về vực sâu
Để cuộc tình chìm mau
Như bóng chim cuối đèo

Tình ngỡ chết trong nhau
Nhưng tình vẫn rộn ràng
Người ngỡ đã quên lâu
Nhưng người vẫn bâng khuâng

Những ngón tay ngại ngùng
Đã ru lại tình gần
Như ngoài khơi gió động
Hết cuộc đời lênh đênh

Người ngỡ đã xa xưa
Nhưng người bỗng lại về
Tình ngỡ sóng xa đưa
Nhưng còn quá bao la

Ôi trái tim phiền muộn
Đã vui lại một giờ
Như bờ xa nước cạn
Đã chìm vào cơn mưa.

Ecouter  belle interprétation de Hông Nhung & Quang Dung

That love I thought have forgotten,
So hard my heart tried to ignore,
You that I thought far away gone,
You are back, all of a sudden.

Your old dress in the wind billowed,
Outshone the crepuscular twilight,
Like a sudden shower that cleared
A mournful corner of sky.

That love I thought already dead,
Was still in my heart vividly clear
You that I thought for ever left
Yet you are still everywhere here.

Your footsteps lovingly resonant
Had long entered deep in my life,
Like pebbles one by one falling
To the depth of a far away ocean.

When the pain is not dawning,
Love is just like a glint of sunlight
When the pain becomes intense,
That means love is already immense.

One of us is up to the peak,
The other’s sinking to the abyss.
And love’s fading away,
Like the shadow of a bird on the horizon.

That love between us I thought buried,
Still painfully pricks at my heart.
That love I thought long ago forgotten,
Its memories still turned my heart swollen.

Our hesitant fumbling fingers,
Revived that which bound us together,
Like on the ocean, the wind has died down
And our lives suddenly becalmed.

That love I thought part of the past,
But suddenly you’re back, at last.
That love I thought swept off by the waves,
Is still so immensely grave.

Oh ! That sorrow in my heart lingering
All of a sudden had receded for an hour,
Like the bank of a remote dried up spring
Suddenly being flooded under a shower.

Traduit par Maman 2012

 

Concert à Saigon organisé par l’école de commerce à l’occasion du 10eme anniveraire de la mort de Trinh Công Son : 1h46mn

http://www.youtube.com/watch?v=itNPNar69GQ&list=PL5C3C563D975CD2E1&index=39&feature=plpp_video

 

Quelques titres les plus connus : Les accompagnements manquent beaucoup d’originalité pour la plupart…

Biển nhớ    avec les voix de Quang Dung et Thanh Hà

Cát bụi    avec la voix de Phuong Thanh 

Cho một người nằm xuống

Cuối cùng cho một tình yêu    extrait du film « à la verticale de l’été« 

Diễm xưa    avec Lee Kirby, un amateur

Đóa hoa vô thường    avec la voix de Hông Nhung (la chanson fait quelques 11 minutes !!!)

Em hay ngu di    avec la voix de Thuy Tiên

Goi tên bôn mùa   avec la voix de Quang Tuân

 

Hạ trắng    avec la voix de Khanh Ly la première égérie du poète (C’est TCS lui même qui l’accompagne à la guitare), ou de Quang Dung

Hãy yêu nhau đi

Huê, Sài Gon, Hà Nôi   avec la voix de Hông Nhung

Như cánh vạc bay

Phôi pha    avec  Hông Nhung & Quang Dung   ou   Kyo York

Rồi như đá ngây ngô    avec la voix de Hông Nhung

Rừng xưa đã khép    avec la voix de My Linh

Ru em    avec la voix de Hông Nhung

Ru em từng ngon xuân nồng    avec la voix de Quang Dung ou de Hông Nhung

Ru ta ngâm ngùi    avec la voix de Khanh Ly (J’ai un doute sur la vidéo, S’agit-il de Khanh Ly ? en tout cas, le guitariste n’est pas TCS. Je me demande s’il ne s’agit pas d’une sorte de reconstitution)

Tình nhớ    avec la voix de Quang Dung

Tình sâu    avec les voix de Hông Nhung et Quang Dung

Tuổi đá buồn    avec Khanh Ly

Xin cho tôi    (Amateur ou belle interprétation par Phuong Vy )

 

 


…. Quelques chansons un peu plus traditionnelles Je regrette toujours cette manie d’ajouter le « boum-boum » rock occidental en bruit de fond !!!!  Pour ne pas entendre ce bruit de fond, il faut écouter l’album « Moon and Wind » de Huong Thanh et Nguyên Lê. 

Ái Vân, que j’ai découverte lors de mon voyage au Vietnam, en flashant sur la robe qu’elle arbore sur la jaquette du CD. Le meilleur CD que j’ai ramené du Vietnam.

 http://www.youtube.com/watch?v=peZt6eZ5ijQ     Pèlerinage à la pagode Chuà Huong d’une adolescente, sapée  comme une lolita… chanson à partir de  1’30″ …    

http://www.youtube.com/watch?v=cufNaFXxTS8     Les amours d’une vendeuse de noix d’arec et feuilles de bétel.  C’est Ai Vân elle même qui joue la vendeuse. J’aime le charme désuet (et un peu niais !) de ces clips à la vietnamienne…  

http://www.youtube.com/watch?v=iPz3eSwcmIg

aivndmadojacket.jpg

http://www.nhaccuatui.com/nghe?M=rUk94nIqp-     Chanson « Dô ai » (qui peut me dire) interprète inconnu. (avec la voix d’Ai Vân  http://www.nhaccuatui.com/nghe?M=rUk94nIqp- arrangement franchement médiocre)

 

https://www.youtube.com/watch?v=KSiOKPxJMuc       « Dêm Tàn Bên Ngu » que tout vietnamien connaît. Ecrite par Duong Thîêu Tuoc qui fut aussi professeur de guitare de mon frère et ma soeur !  On dit que seule son-ex femme pour qui la chanson a été écrite,  sut l’interpréter  sans fausse note !

 

Chansons communistes, pour nostalgiques… Que mes ancêtres me pardonnent…

http://www.youtube.com/watch?v=wKB1b1m-POA     (Truong son dông, Truong son tây) Une histoire d’amour entre 2  soldats… Hông Nhung et un chanteur laotien, lors d’un spectacle à la frontière vietnamo-laotienne.  Jamais un Ao Dài n’a été porté avec autant d’élégance… A partir de 2’50″

La même chanson version « sexy » : http://www.youtube.com/watch?v=6agVZKIl2I8

 

Pour les vrais nostalgiques   http://doantncshcm.dongnai.gov.vn/Music   J’y ai trouvé pratiquement toutes les chansons communistes que j’ai chantées dans mon enfance… avec une certaine émotion pour ce qu’elles évoquent comme souvenirs, pas pour l’idéologie qu’elles véhiculent…  En les réécoutant aujourd’hui, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver beaucoup de similitudes avec des chansons chrétiennes du « renouveau charismatique » (que j’ai connu aussi). Il suffit de remplacer « Hô Chi Minh, oncle Hô, le parti… »  par Dieu, Seigneur…

 

.

 

 

5 octobre 2008

le calligraphe et son pinceau

Publié par neovecuay dans Art, livres

shitao.jpg

Shitao

« … Ce qui est valable pour le tir à l’arc et le maniement de l’épée se vérifie aussi, à ce point de vue, pour chacun des arts. C’est ainsi que, pour prendre un autre exemple, la peinture à l’encre de chine révèle la maîtrise précisément par la main qui, en possession de la technique, exécute et rend visible son rêve, juste au moment où l’esprit commence à élaborer des formes, sans qu’il y ait entre conception et réalisation « l’épaisseur d’un cheveu ». La peinture devient une écriture automatique. Et, là aussi, le précepte à donner au peintre peut se formuler simplement par ces mots : Observe le bambou pendant dix ans, deviens bambou toi-même, puis oublie tout et peins !… »

Le zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc d’Eugen HERRIGEL. Lecture achevée en 2000.

Dans le même sujet, le très beau et esthétisant documentaire sur le Kyudo : Kyoto. La civilisation zen  de Walter Flemmer réalisé en 1996

Du même auteur (Eugen HERRIGEL) : La Voie du Zen. Un tout petit livre qui a le mérite d’être très clair et simple. Parler du zen en étant Zen en somme. L’Essentiel sans s’encombrer des dogmes et des mythes  destinés à aliéner plutôt qu’à libérer. C’est là où réside la force du Zen, la Vérité de chaque expérience individuelle en se libérant des croyances, des mythes et des rituels agglomérés au fil des siècles. Pratiquer le Zen (ou le bouddhisme c’est pareil pour moi) c’est faire Zazen, comme le dit très bien Charlotte Joko Beck en répondant à une question lors d’une conférence : Quelle est la place qu’occupent la prière dans le Zen ? La prière et Zazen ne sont qu’une seule et même chose. Les litanies sont faites (par les angoissés) pour les angoissés. Elles me font penser à ma tante, la première professeure de paléontologie de toute l’Histoire du Vietnam. Une femme très pieuse, qui s’est convertie subitement, il y a quelques années, lors du décès de mon oncle,  au catholicisme (les créationnistes américains sont absolument redoutables !). Récitant dès qu’elle a les yeux ouverts, le chapelet (ou les mantra, il y a quelques années). En la considérant, je ne peux qu’éprouver une certaine tristesse : toute sa vie, sa foi s’est nourrie de sa peur. Elle a troqué une Vérité pour une autre, comme d’autres font le chemin inverse, en restant tel qu’ils sont sans remise en cause et sans questionnement. Pratiquer Zazen c’est marcher sur les pas du Bouddha Siddharta, et méditer tel qu’il méditait voilà 2500 ans, sans bougies, sans encens, sans rituels (au sens religieux et freudien du terme). Pour ceux qui sont déjà sur le chemin, une relecture (ou lecture) de la vie de Bouddha sous un regard purement historique, peut être salutaire : Les entretiens du Bouddha de Môhan Wijayaratna.

 

§§§

 Une pensée Zen pour ceux qui sont tentés de trop en lire « lire les livres sur le Zen c’est comme lire un livre de recettes de cuisine. Si on ne se met pas au travail, on ne goûtera jamais à la saveur du plat ». Cela vaut aussi pour les livres sur le bonheur qui envahissent les rayons « spiritualité » ou « bien-être »…

 

§§§

Enfin, pour terminer, un passage du livre de Thomas Merton, Le Journal d’Asie. En lisant ce passage, je ne pus m’empêcher de penser que l’auteur ne pût écrire une chose aussi belle sans avoir eu une sorte d’expérience d’éveil, saisit soudainement par la sérénité imposante des statues de Bouddha à Colombo.

« … Le silence de ces visages extraordinaires, les merveilleux sourires, immenses et pourtant subtils, porteurs de toutes les possibilités, ne contestant rien, ne rejetant rien, empreints d’une paix, (…) qui a élucidé toutes les questions sans essayer de discréditer qui ou quoi que ce soit… »

 

« … Then the silence of the extraordinary faces. The great smiles. Huge and yet subtle. Filled with every possibility, questioning nothing, knowing everything, rejecting nothing, the peace not of emotional resignation but of Madhyamika, of Sunyata, that has seen through every question without trying to discredit anyone or anything- without refutation… »

Extrait de The Asian Journal de Thomas Merton

 

le calligraphe et son pinceau dans Art BuddhaSmile

.

.

.

 

.

28 septembre 2008

The Last Mughal

Publié par neovecuay dans livres

 

Un après-midi de Novembre 1862, juste après la fin de la mousson, un corps enveloppé dans un linceul est escorté par un petit groupe de soldats britanniques vers une sépulture anonyme, pas loin du mur d’une prison au bord de la rivière Rangoon. Le cortège réduit, constitué de deux des fils du défunt et de quelques villageois du coin. La cérémonie brève. Le cercueil vite descendu et recouvert de terre de telle manière à ce qu’aucun indice puisse trahir l’emplacement du tombeau.

Le capitaine H.N. Davies fit son rapport : Have since visited the remaining State Prisoners-the very scum of the reduced Asiatic harem; found all correct. None of the family appear much affected by the death of the bed-ridden old man. His death was evidently due to pure decrepitude and paralysis in the region of the throat. He expired at 5 o’clock on the morning of the funeral. The death of the ex-King may be said to have had no effect on the Mahomedan part of the populace of Rangoon, except perhaps for a few fanatics who watch and pray for the final triumph of Islam. A bamboo fence surrounds the grave for some considerable distance, and by the time the fence is worn out, the grass will again have properly covered the spot, and no vestige will remain to distinguish where the last of the Great Moghuls rests. 

Ainsi est mort le dernier empereur de l’empire Moghol et ainsi commence le dernier livre de William Dalrymple. Cet historien érudit passionné par l’Inde. Chacun de ses livres est couronné d’un prix. Le Dernier Moghol est le troisième livre (City of Djinns ; White Mughals) inspiré par Delhi, l’envoûtante. Maîtriser l’Histoire est une chose, mais la faire revivre en est une autre. Dans ce livre, le talent de conteur de William Dalrymple est incontestable. Sa passion palpable lors qu’il nous raconte sa première rencontre avec l’Inde et par-dessus tout Old-Delhi « In the afternoons, while the patients were taking their siesta, I used to slip out and explore. I would take a rickshaw into the innards of the Old City and pass through de narrowing funnel of gullies and lanes, alleys and culs-de sacs, feeling the houses close in around me. In particular what remained of Zafar’s palace, the Red Fort of the Great Mughals, kept drawing me back, and I often used to slip in with a book and spend the whole afternoons there, in the shade of some cool pavilion …”.  Ainsi Delhi renaissait de ses ruines lors de ces après-midi solitaires où le coeur de Dalrymple palpitait au rythme des poèmes raffinés et où ses poumons emplissaient de cet air parfumé des jardins fleuris d’il y a plus d’un siècle.

Le dernier Moghol retrace avec discernement les dernières heures de Delhi, la Fabuleuse. Cette ville orgueilleuse de ses poètes, de sa culture, de la beauté de ses femmes, de l’intelligence de ses hommes (sic !), de la magnificience de son architecture, « six hundred years of trans-Indian Imperium (…) the greatest city between Constantinople and Canton », cette ville fut détruite impitoyablement par l’armée britannique dans la mutinerie des Cipayes (infanterie composée de paysans indiens et sous commandement britannique) en septembre 1857. Dalrymple revient sur ses événements pour la première fois en utilisant  l’énorme masse documentaire indienne reposant depuis plus d’un siècle et demi sur les étagères poussiéreuses des Archives Nationales d’Inde et d’autres documents pas moins intéressants éparpillés dans différentes bibliothèques d’Inde et de Birmanie. Plus de quatre ans pour éplucher les quelques 20 000 documents écrits en persan et ourdou. Un travail colossal pour porter ses inestimables sources aux yeux du monde.

Ce livre dépeint aussi le portrait poignant du dernier empereur moghol : Bahadur Shah II, connu aussi sous le nom de plume de Zafar, signifiant « victoire ». Descendant des conquérants Genghis Khan et Timur, du bâtisseur Shah Jahan (Taj Mahal). Il accéda très tard sur le trône, puisqu’il succéda à son père seulement après la soixantaine. Malgré cela, il réussit, après bien 150 ans de déclin et de renversement politique, à recréer à Delhi une cour raffinée. Il était le plus talentueux, le plus tolérant le plus sympathique de sa dynastie  « a skilled caliprapher, a profound writer on sufism, a discriminating patron of painters of miniatures, an inspired creator of gardens and an amateur architect. Most importantly he was a very serious mystical poet,  [...] and partly through his patronage there took place arguably the greatest literary renaissance in modern Indian history ».

En 1857 (il avait 82 ans !) ce « benign old man with impeccable manners-even when treated with extreme rudeness by the British » s’est vu investir malgré lui du rôle de leader de la  révolte par les cipayes. Il saisit l’occasion sans trop y croire (il faut dire que sa nature était plus poète que guerrière) pour se libérer du joug des britanniques. Avec la riposte impitoyable de ces derniers, son destin ainsi que celui de Delhi connurent une fin funeste. Après quatre mois d’affrontement et de siège, Delhi fut détruite dans un bain de sang. L’Empereur exhibé aux visiteurs « like a beast in a cage ».  Plus tard lors de son procès le journaliste W.H. Russell exprima ainsi ses doutes : cet homme avec « dim, wandering eyed [...] hanging nether lip and toothless gums […] was he indeed, one who had conceived that vast plan of restoring a great empire, who had fomented the most gigantic mutiny in the history of the world ? Not a word came from his lips; in silence he sat day and night with eyes cast on the ground, and as though utterly oblivious of the conditions in which he was placed… His eyes had the dull, filmy look of very old age… Some heard him quoting verses of his own composition, writing poetry on a wall with a burned stick.”   

Un voyage passionnant au coeur de Delhi du XIXe et une réflexion nécessaire sur la colonisation, l’intégrisme religieux (Christianisme, Islamisme, Indouisme tous dans le même panier).

Dernier poème attribué à Zafar, écrit en prison quelques jours avant sa mort:

When in silks you came and dazzled 

Me with the beaty of your spring, 

You brought a flower to bloom-

 Love within my being

You lived with me, breath of my breath, 

Being in my being, nor left my side; 

But now the wheel of time has turned 

 

And you are gone-no joys abide

You pressed your lips upon my lips, 

Your heart upon my beating heart, 

And I have no wish to fall in love again, 

For they who sold Love’s remedy 

Have shut shop, and I seek in vain.

My life now gives no ray of light, 

I bring no solace to heart or eye; 

Out of dust to dust again, 

Of no use to anyone am I.

Delhi was once a paradise, 

Where Love held sway and reigned; 

But its charm lies ravished now 

And only ruins remains.

No tears were shed when shroudless they 

Were laid in common graves 

No prayers were read for the noble dead, 

Unmarked remain their graves.

The heart distressed, the wounded flesh, 

The mind ablaze, the rising sigh; 

The drop of blood, the broken heart, 

Tears on the lashes of the eye.

But things cannot remain, O Zafar, 

Thus for who can tell ? 

Through God’s great mercy and the Prophet 

All may yet be well.

The Last Mughal, the fall of a dynasty : Delhi, 1857 de William Dalrymple. Lecture achevée le 28.Sept 2008

.

.

.

 

 

23 août 2008

Le Petit Prince …

Publié par neovecuay dans livres

… de Joann Sfar

ptiprincesaintex.jpg

J’ai eu le plaisir de relire Le Petit Prince cet été, en BD par Joann Sfar. Je ne connaissais ce dessinateur que de nom. Je n’ai jamais lu aucune de ses BD.

Avis aux iconoclastes, ce petit prince est vraiment craquant avec ses grands yeux qui lui donnent un air si romantique. Le trait tremblotant, le dessin imparfait suscitent l’émotion (Il doit être au dessin ce que Ousman Sow est à la sculpture). Je dois être lassée des dessins académiques, et autres japonisants (pas que j’aie quelque chose contre ce pays, loin de là). Les héritiers de Saint Ex ont fait le bon choix en demandant à Joann Sfar cette tâche difficile de raconter Le Petit Prince en image. 

Au bout de quelques épisodes, j’ai eu même un doute : « Mais à quoi ressemblait le petit prince que Saint Ex avait dessiné de ses mains ? J’ai donc ressorti la version française du livre (il faut dire que je l’ai décliné en plusieurs langues !). Eh bien, j’ai été un peu triste car le petit prince d’antan a pris un coup de vieux… Snif.  

Dans l’ensemble, Joann Sfar a respecté l’œuvre, avec quelques raccourcis (dans la version hebdomadaire de Télérama en tout cas, je ne sais pas si c’est la version intégrale), la dernière planche m’a laissée un peu sur ma faim. Mais la mélancolie est là, dans le dessin et dans les « bulles ».

Ce conte pour adultes que les adultes offrent aux enfants… La première fois que j’avais lu ce livre, la subtilité de la fin m’avait échappé. C’est bien des années plus tard en relisant (en anglais !) que je compris son acte. Encore aujourd’hui, il me subjugue. Etrange, mystérieux, mélancolique. Mélancolique par la Rose, fleur d’entre les fleurs, et qui par sa condition florale, est éphémère, « menacée de disparition prochaine »… Et cela, notre petit prince l’apprend seulement une fois l’avoir quittée. C’est peut-être cette révélation là qui lui fait commettre cet acte final raconté avec beaucoup de pudeur. 

Cette Rose n’est autre que nous même, dans l’échelle plus grande de l’Univers. 

La BD de Joann Sfar c’est pour le plaisir des yeux. Son autre mérite c’est de nous faire relire cette version sortie de la bibliothèque de notre enfance et d’y découvrir chaque fois une autre allégorie de la vie. 

.

17 août 2008

The Harvest

Publié par neovecuay dans SF

(…) Do you want to live ? they had asked. Live without dying ? Live, in effect, forever ?

And Annie had said yes.

Do you want to live, they had asked, even if you change ? Even if you become, in time, something no longer entirely human ?

And that had given her pause; but she thought again of their long, complex, interesting lives; she understood that everything changed, that death itself was a kind of change, that of course it was impossible to live forever without changing – change was to be expected.

And again she said yes. (…)

The harvest de Robert Charles Wilson. Lecture achevée le 13.Août 2008

 .

.

1 août 2008

L’élégance du hérisson

Publié par neovecuay dans livres

Le phénomène littéraire inattendu de 2007…

Ce livre tombe à point au moment où je me dis qu’il faut que je me remette à la langue de Molière. Du point de vue lexical, j’ai aimé ce livre car je dois l’avouer sans honte, il m’a obligée à lire avec un dictionnaire à proximité. Mise à niveau et remise à niveau. Je suis dans cet entre-deux où les plus belles choses sont inexprimées. Ma langue maternelle ne sert plus qu’à exprimer des choses insensibles, et ce français encore balbutiant de frustration. Au fond, je pense que j’aime cet endroit, sensoriel, intuitif, corporel, riche de sensualité.

Sur le plan littéraire, Muriel Barbery n’a pas énormément de choix. Elle doit mimer le langage chatié d’une concierge autodidacte dévoreuse de culture et de savoir, et d’une adolescente surdouée précocément désabusée et outrageusement lucide (l’un va-t-il sans l’autre ?). Avec cela le style est scellé, pas forcément pour le plaisir de la lecture !

Deux solitudes donc, qui cohabitent un immeuble d’un beau quartier  parisien. Deux humanités qui vont se croiser et se dépasser.

Sur le plan syntaxique, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à mes prof de français… elles s’arracheraient les cheveux sur certains passages … « Comme je suis rarement aimable, quoique toujours polie, on ne m’aime pas mais on me tolère tout de même parce que je corresponds si bien à ce que la croyance sociale a aggloméré en paradigme de la concierge d’immeuble que je suis un des multiples rouages qui font tourner la grande illusion universelle selon laquelle la vie a un sens qui peut être aisément déchiffré» … « Il m’était si humiliant de devoir cuisiner ces mets infâmes que l’intervention de M. de Broglie, le conseiller d’Etat du premier, qu’il dut qualifier auprès de sa femme de courtoise mais ferme et qui visait à chasser de l’existence commune ces relents plébéiens, fut un soulagement immense que je dissimulai du mieux que je le pus sous l’apparence d’une obéissance contrainte. »…

C’est sûr, je préfère la prose avec sa légèreté vaporeuse.

Ce livre est plein d’ironie trop souvent convenue. Un ton parfois pontifiant. Des allégations réductrices. Des passages cocasses, d’autres beaucoup plus creux… Comme il est plein de bons sentiments, j’ai une petite pensée pour madame Michel à la fin du livre.

L’élégance du hérisson de Muriel Barbery. Lecture achevée le 26 Juillet 2007

.

.

7 juillet 2008

A un passant,

Publié par neovecuay dans Non classé

(…) 

Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimé, ô toi qui le savais !

Les fleurs du mal

(…)

A la Porte du Sahara, puisqu’il en était ainsi, celle entre la Porte Abyssine et la Porte du Matin Calme, de l’autre côté du périphérique sud, je m’engageai dans les avenues de Montrouge, puis bifurquai pour le Kremlin-Bicêtre et une fois passées les dernières maisons, ce fut le désert. Un long moment de sable, le paysage de tous les possibles, la page divine où inventer sa légende…

J’imaginai alors que quelqu’un, tout au sud, s’était mis en route en même temps que moi, et allait marcher vers le nord, à ma rencontre. C’est cela non, l’existence ? A l’entrée d’un désert, partir rejoindre quelqu’un dont on ne sait rien.

  Si par une chance inouïe nos routes ne se trouvent pas trop éloignées, on peut encore imaginer que nous nous apercevrons, et même, que nous nous croiserons. Pour nous saluer, nous ignorer, échanger quelques mots avant de repartir, avec ce dernier, cet unique souvenir : avoir rencontré un visage sur la piste, un seul visage, et vivre avec lui.

La dérive des sentiments

01.07.2008

.

.

1234

citations |
perdue |
Journal d'un mendiant d'âme |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | o0° POuSsIèRe d'EtOiLe °0o
| Mission Akira
| Colombe22